Le 19 septembre 2025 s'annonçait comme le jour où j'allais accomplir mon rêve de courir 100 miles d'une traite au Grand Raid du Finistère. Ce rendez-vous avec moi-même s'est achevé au 86 km après une dizaine d'heures de courses, devant abandonner à cause d'une présumée fracture de fatigue tibiale. 3 jours après, je pouvais de nouveau courir, la fracture tibiale était en réalité un excès de compression due à une chaussette de sandale pas assez éprouvée à l'entraînement. Dès lors, j'ai compris qu'une dernière tentative de 100 miles s'offrirait à moi avant la fin de l'année, lors d'un voyage à la Réunion prévu de longue date. Mais dans un cadre qui me ressemble, hors de toute compétition, une aventure en OFF avec mes propres règles : traverser la Réunion d'une traite en sandales, en autonomie et sans bâtons pour respecter l'esprit diag'. Un chantier énorme à ficeler en 6 semaines, et dont je vous raconte les coulisses jusqu'au partage de l'aventure le jour J. Bonne lecture !
Semaine 1
Début du bloc d'entraînement spécifique
29/09/2025
L'objectif pour ce mois d'octobre est clair : borner comme un phacochère tout en prenant un maximum de plaisir. Le temps de préparation est court donc j'ai besoin d'optimiser les facteurs de réussite. Je ne retomberai pas dans certains écueils passés de courir un poil trop vite à chaque sortie, ou de ne pas augmenter mes apports caloriques alors que je double voire triple ma dose de sport hebdomadaire. Cette fois-ci, on rentre directement dans le vif du sujet en mangeant souvent, en quantité et des aliments à tendance anti-inflammatoire, on se couche tôt et on court le plus lentement possible.
Côté préparation physique, rien de neuf sous les tropiques. À savoir que je repars sur un bloc de 6 semaines basé sur les séances concotées par le best Quentin Giacomazzo pour le GRF, en augmentant légèrement les charges pour continuer de créer des adaptations.
Séance PPG n°5 réalisée pour le GRF.
Création de la trace GPX
30/09/2025
L'idée de faire le parcours en OFF de la diagonale des fous fut tentante. Mais pas assez créative à mon goût. J'ai donc choisi de me baser sur le parcours du GR R2, qui traverse l'île, en apportant les modifications nécessaires pour gravir les pitons des neige et de la fournaise. Cette trace a été construite à l'aide des sites komoot, tracedetrail, et vérifiée à l'aide de geoportail, véritable banger pour s'assurer gratuitement de la fiabilité d'une trace. Elle sera également à adapter en fonction des fermetures de sentiers quelques jours avant. J'ai choisi de faire le parcours depuis Saint-Denis, et de terminer à Basse Vallée. Total : 167 km 10000 m D+/D-, j'en salive d'avance.
Update 07/11/2025 : correction de la trace pour prise en compte des sentiers fermés + ajout des checkpoint flotte + départ gare Saint-Denis et arrivée direct au Airbnb d'Éliane. Total : 170 km 9800 m D+/D-.
Trace de la traversée de la Réunion élaborée à partir du GR R2.
Bilan S1
05/10/2025
Semaine de reprise à 64 km 2000 m D+/D-. Plaisir de courir intact après l'abandon au GRF. Plaisir d'ailleurs potentiellement décuplé par la pression inexistante sur ce projet qui n'est que du kiff. Pas de dossard, juste l'aventure et moi-même. Vivement la suite.
Semaine 2
Première simulation en sortie longue
12/10/2025
Pour cette deuxième semaine, l'objectif a été simple : monter le volume (distance et dénivelé), et réaliser une première sortie longue en conditions de OFF pour tester le matériel et voir les choses à ajouter, enlever, mais également optimiser la répartition du sac. Pour cette sortie, j'ai jeté mon dévolu sur le tour du Taillefer, une belle balade d'environ 39 km 2500 m D+/D-, au départ de La Morte.
Mer de nuage dans la vallée (gauche) et trace GPX du tour du Taillefer (droite).
J'appréhendais cette sortie par le fait de me retrouver seul en montagne pendant de longues heures. Finalement, l'état de flow s'est vite emparé de ma personne, entouré par cette nature calme, slendide et rassérénante. Autre satisfaction : aller au bout d'une telle sortie avec une carapace de Franklin sur le dos. Car oui, pour assurer une quarantaine d'heures de déplacement en autonomie, il faut du matos, et de la bouffe, beaucoup de bouffe. J'étais donc plutôt chargé pour une sortie trail, avec à peu près 6 kg sur le dos au départ.
Côté nutrition, je suis parti un peu à l'arrache avec 4-5 flasques isotoniques dosées à 38 g de glucides par 500 mL, un demi saucisson, quelques boules d'énergie et, grosse nouveauté pour moi, un sachet de bouffe lyophilisé. Ce dernier choix me semble intéressant pour un OFF car il permet d'optimiser le rapport masse/kcal transporté. D'autre part, je souhaitais vérifier la non-vomissabilité d'un tel plat réhydraté à l'eau froide (car flemme de me charger d'un réchaud à la Réunion). Verdict : tuerie maximale après 30 minutes de réhydratation. Après, j'avoue être très bon public en cas de forte dalle.
Matos :
- Sac Salomon SLab Adventure 20
- Sandales Panta Zaros + chaussettes Panta + sangles Panta
- Gants Decath + sur-gants étanches Raidlight
- Veste de pluie Raidlight
- Short + t-shirt + chaussettes de rechange
- Lunettes Julbo
- Bivy Escape
- Couverture de survie + pansements + tire-tique + mini-pince
- Frontales (x2) + powerbank
- GoPro
- Bouffe
- Poche à eau 1.5L + 3 flasques

Premier test de plat lyophilisé (purée steack haché la base) : muy rico !!
Côté caractéristiques du parcours, on était sur des sentiers bien techniques en montées comme en descentes. Mon choix de ne pas utiliser de bâtons m'a compliqué la tâche dans ces montées très abruptes et techniques. L'objectif était de passer le plus de temps possible en respiration nasale, signe de bien rester en régime aérobie. Cela est à mes yeux indispensable pour des efforts aussi longs que celui de la Réunion. Je n'ai pas encore assez décortiqué la science sur ce sujet pour parler d'autre chose que de mes ressentis, mais j'ai remarqué qu'en oxydant trop rapidement mes réserves de glycogène à cause du régime anaérobique, la perception moyenne de l'effort devient de plus en plus élevée, trop pour un effort de si longue distance. Et plus la perception de l'effort est grande, plus le plaisir de se mouvoir s'estompe. Parfois juste un poil au-dessus du seuil acceptable, et on passe d'un effort agréable, totalement addictif, à un stress corporel et cognitif continu.
J'ai donc commencé à me poser des questions et à douter ma capacité à accomplir le dénivelé du GR R2 sans bâtons, lorsque l'effort perçu devenait trop important pour la respiration nasale passé les 1000-1500 m de dénivelé. Mais je n'avais pas dit mon dernier mot.


Vues depuis le plateau des lacs pendant le tour du Taillefer.
Bilan S2
12/10/2025
Je termine la semaine avec 104 km et 4800 m D+/D-. Ces stats me font plaisir et me rendent confiant pour la suite, malgré un état inflammatoire qui s'installe parfois un peu trop durablement. Tu sais cet état où tu n'as pas forcément de douleur précise, mais tu sens que ton corps ne tourne pas totalement comme il le devrait, qu'il galère à retourner à l'homéostasie. Prudence.
Semaine 3
La découverte du "rest step" en montée
13/10/2025
Suite à mes difficultés à maintenir une allure aérobique en montées durant le tour du Taillefer, j'ai pensé qu'il existait forcément une manière plus économe de marcher dans les pentes abruptes. J'ai aussi remarqué pendant cette sortie une sur-utilisation de mes quadriceps, probablement masquée habituellement par l'utilisation des bâtons. Or, les quadri, c'est précieux pour enquiller des grosses quantités de D-, alors il faut les préserver à tout prix en montée et utiliser son bon gros bubble butt à la place. C'est ainsi qu'en fouillant, et inspiré par les sherpas Népalais du film 14x8000 que je viens de voir (et aussi par toi Bib), que je suis tombé sur le concept du "rest step", ou "pas de repos" en français.
Il s'agit d'une technique fondamentale utilisée par toustes les montagnard.e.s aguerri.e.s, basée sur l'introduction d'une micro-pause de repos à chaque pas. Ceci permet le transfert de la charge du système musculaire vers le système squelettique. Le mécanisme est le suivant : lorsque le marcheur prend un pas vers l'avant, en inclinant le buste de manière appropriée, il transfère son poids sur la jambe en contact avec le sol, qui se redresse par gravité. Le genou ainsi verrouillé permet au squelette (os et ligaments) de supporter l'ensemble de la masse du marcheur, épargnant quadriceps et mollets. Pendant ce temps, l'autre jambe est suspendue au-dessus du sol, et bénéficie d'une micro-pause (parfois très brève, juste une fraction de seconde) avant d'avancer, les muscles complètement détendus, pour effectuer le pas suivant.
Ma curosité piquée à vif, et malgré la grosse sortie d'hier, j'étais obligé d'aller tester ça sur une pente à côté du boulot. Résultat très prometteur : full respiration nasale sur une pense de 300 m D+. Je tiens quelque chose...
Incarner le concept de la chasse d'eau
18/10/2025
Tu connais le modèle de la chasse d'eau ? Si le nom peut prêter à sourire, il s'agit d'un concept très sérieux introduit en 2011 par l'illustre Guillaume Millet, professeur à l'Université de Saint-Étienne (personne n'est parfait), et véritable ponte de la fatigue en ultra-endurance (voir l'étude). Ce modèle stipule que tout athlète d'endurance dispose d'une certaine capacité à endurer la charge d'entraînement, modélisée par une chasse d'eau. Cette chasse d'eau se remplit à chaque entraînement, c'est la fatigue, et doit être vidée de temps en temps pour ne pas déborder : c'est le repos.
Le truc, c'est que quand on fait de l'ultra-endurance, on a souvent tendance à négliger les stress additionnels qui viennent eux aussi remplir la chasse d'eau. Par exemple avoir un rendu à faire au travail, travailler sur des projets perso chronophages, s'acquitter des tâches ménagères. Tout cela rempli progressivement la chasse d'eau, et en n'observant pas de phase de repos suffisante, elle se met à déborder, gentiment au début, mais en tirant trop sur la corde, on peut risquer l'innondation : la blessure.
Dans mon cas, je n'ai pas vécu de blessure physique. Mais après ces premières semaines d'entraînement toujours plus volumineuses, une charge de travail au boulot importante, et préparer mon voyage à la Réunion, voilà que je me suis retrouvé incapable de sortir de la voiture, après avoir fait 45 min de route pour me rendre au départ d'un parcours de 50 km 4000 m D+/D-. Trop de fatigue, trop de charge mentale, trop de tout. Hop, demi-tour. Je suis rentré, me suis allongé et ai dormi 5h de suite. Mon corps a tiré la sonnette d'alarme au bon moment car qui sait ce qui se serait passé si je m'étais aventuré sur une telle sortie, incluant des passages engagés, dans un état de fatigue et d'inflammation avancés ? Ma chasse d'eau est pleine et je dois la vider.
Bilan S3
19/10/2025
Petite semaine à 48 km 1200 m D+/D-. La déception de ne pas réussir à enchaîner d'aussi grosses semaines de trail que je le voudrais m'a poussé à l'introspection et au cheminement. Pourquoi courir autant après les kilomètres ? À quoi bon ce projet de traversée de la Réunion ? Suis-je aligné avec ce que je fais ? De sérieux questionnements que j'ai abordés avec certains outils désormais en ma possession.
J'ai finalement trouvé une nouvelle logique dans mon programme : faire une petite semaine à ce niveau de la prépa, ce n'est pas déconnant, ça fait une semaine d'intégration pour assimiler les 3 dernières semaines. Aussi, ça permet de recréer du manque et de faire autre chose, avant de repartir plus fort la semaine prochaine. C'est ainsi que je me suis copieusement adonné au repos, mais aussi au mouvement primal et à la grimpe d'arbre, en attaquant enfin le programme d'un an pour devenir coach certifié Huden Movement. Une page projet y sera d'ailleurs bientôt entièrement consacrée sur ce site (inscris-toi ici pour rester informé.e des news).
Je me suis donc rendu au grand Ratz, un endroit avec du calme, de la nature, et de beaux arbres à grimper. J'ai commencé par la première leçon du premier cours : gorille niveau 1. L'idée est de maîtriser la marche quadrupédique et les premiers exercices se sont directement fait sentir au niveau quadri et sangle abdominale. Néanmoins, très addictif.

Position statique de quadrupédie.
J'ai aussi amélioré ma technique de grimpe d'arbres sans branche, j'y reviendrai de manière approfondie dans un futur article. Cette parenthèse m'a fait du bien, d'attaque pour la semaine 4 !
Grimpe d'arbre en technique coconut monkey.
Semaine 4
Développement d'un live-tracking maison
17/10/2025
Dimanche dernier, mon pote Lolo me sort "on pourra te suivre pendant ta traversée de la Réunion ?". Évidemment que j'y avais pensé, mais moi j'aime bien les solutions open-source, et mettre 300€ dans un système GPS pour l'utiliser qu'une fois, c'est pas trop mon truc. Mais l'idée me taraudait et j'ai fini par découvrir une méthode pour coder mon propre live-tracking, pour pas plus de 5€, moyennant une dose certaine de geekerie.
Donc pour les plus curieux.euses d'entre vous, voici les détails. Le live-tracking, que je proposerai le jour de la traversée, est basé sur l'utilisation d'un serveur VPS distant. Sur celui-ci, loué 5€ pour un mois, j'ai installé le logiciel de géolocalisation open-source Traccar, et établi un serveur dédié associé à mon site web. En rentrant les paramètres de ce serveur dans mon téléphone avec l'application Client Traccar, celui-ci échange, selon les paramètrages de précision et fréquence de mon choix, la position directement sur ce serveur. Ainsi, de manière distante, les données de mes positions successives sont stockées, post-traitées, puis rendues lisibles par mon site web qui, via un petit composant React, devient capable d'afficher un suivi en temps réel. Relativement simple en apparence, mais plutôt redoutable à mettre en place, surtout quand comme moi, on n'a aucune expérience en administration des serveurs (merci l'IA). Je m'en suis néanmoins pas mal sorti, et l'objectif est d'expérimenter la fonctionnalité sur une big sortie ce week-end.
Ne m'dis pas que ça fonctionne enfin :').
La BIG sortie
25/10/2025
Au sortir d'une semaine très chargée que je qualifierai de sub-aquatique, je ne m'aventurais pas sur cette sortie avec une ambition autre que celle de tester le live-tracking. Et aussi me dégourdir les pattes, après 50h d'ordi dans la semaine. De longue date, je zieutais le parcours de l'Utra-Trail de la Motte-Chalancon, un trail qui n'existe plus aujourd'hui, mais qui reste une chouette boucle de 85 km 4500 m D+/D- (tracé légèrement revu par mes soins), et ai décidé de m'y lancer.
Côté matos, je suis parti comme sur le tour du Taillefer, mais avec l'expérience d'une sortie longue en plus. Résultat : meilleur répartition des masses dans mon sac, malgré le poids augmenté par rapport au Taillefer. J'ai cette fois pris 3 plats lyphilisés, une douzaine de boules d'énergie, un saucisson et demi, et une dizaine de portions de flasques isotoniques. Avec le reste du matériel, masse totale au départ : 7.4 kg. Ça commence à se faire sentir. Mais étrangement, avec la bonne répartition, le sac fusionne avec son hôte, et je me suis senti très à l'aise dès les premiers kilomètres. Ce sac est exceptionnel.
Vue sur le lac du pas des ondes (gauche) et traces GPX de l'UTMC (droite).
Avec une bonne team de beta-testeurs.euses, j'étais euphorique de voir que le tracking fonctionnait toujours nickel après plusieurs heures d'effort. Côté sentiers, on était sur des terrains drômois parfois techniques, parfois feuillus, mais souvent très agréables. J'ai pu éprouver la technique du "rest step" (voir plus haut) pendant de longues heures puisque, ici encore, je n'avais pas les bâtons. Résultat : une utilisation majorée des fessiers se fut ressentir, et plus du tout des quadriceps comme pendant le tour du Taillefer.


Clichés pris lors de la boucle UTMC OFF.
Après un trou d'air vers 15-16h, correspondant à la baisse habituelle de mon rythme circadien, et me forçant à faire une power-nap en auto-hypnose de quelques minutes, l'épique s'est invité. Passer de "je pense abandonner, Mam peux-tu venir me chercher ?" à "allez ça part plus que 40 km on y va !". C'est fou l'ultra, parfois ça se joue à quelques minutes d'yeux fermés. La nuit tomba de bonne heure, et avec la couverture nuageuse, elle était d'un noir étouffant. Seul dans cette montagne noire, mon mental a été mis à rude épreuve, souvent effrayé par les bruits soudains des animaux qui m'entouraient. La pluie s'est invitée de manière assez brutale à 15 km de l'arrivée, me forcant à un détour pour éviter la dernière arrête de 6 km, jugée trop dangereuse à mon goût vue les conditions.
Ma batterie s'était complètement vidée, entraînant la fin du suivi. Mais l'essentiel était ailleurs quand, vers 23h30, j'ai finalement pu lâcher les nerfs à mon retour à la maison, après quasiment 15h d'effort. Rincé, mais une fois de plus, étonné par les capacités de résilience physique et mentale de mon corps. Objectif simulation grandeur nature de la traversée de la Réunion : check ! Le jour J, il faudra néanmoins remettre une pièce de 82 km 5500 m D+/D- après ça...
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Live-tracking final : très satisfaisant malgré les couacs visibles lors de certains tests de paramètres et avec le vidage de la batterie sur la fin.
Bilan S4
26/10/2025
Cette semaine se termine à 117 km 5100 m D+/D-. Elle correspond à un rebond de charge après la phase d'intégration que je me suis offerte pendant plus de 10j. Au programme de la semaine à venir : repos complet, et derniers préparatifs avant le voyage.
Semaines 5 et 6
Bilan S5
01/11/2025
Rien de neuf à raconter sur la semaine 5 qui fut essentiellement consacrée à récupérer de la sortie de 15h du week-end dernier et préparer le voyage.
Quelques images de la Réunion
08/11/2025
Petit update après quasiment une semaine ici. Premier constat : il fait chaud, très chaud. Après que mon organisme ait commencé à se conditionner au froid qui pointe le bout de son nez en métropole, le voilà brutalement soumis à une chaleur comme en plein mois d'août, voire pire. Ajouter à cela un +3h de décalage horaire, à peine une semaine après s'être pris un -1h, et vous obtenez une fatigue très forte.
La traversée se fera en deuxième semaine. Pour l'heure, place à l'acclimatation et au chill. Démarrage à Saint-André, puis balade vers le trou de fer (oui c'est drôle) avec des rencontres cool de l'hébergement, qui ont ensuite eu de la compassion pour mes déplacements en bus, et m'ont proposé de me lâcher à l'ouest de l'île. Très sympa de leur part, et go Saint-Leu pour faire de la playa et du chill.


Vue du trou de fer (gauche) et reine des tamarins (droite) : les arbres sont zinzins ici.
Tentative de running pour aller à la plage de l'Hermitage à pieds (environ 20 km), mais partir à midi avec un débardeur, sous indice UV à 12 = pas la bonne idée. Je m'arrête à 10 km et termine en bus. Mon corps a ramassé sur cet effort, j'ai dormi 3h sur la plage, et en ai senti les séquelles jusqu'au lendemain soir. Stop les bêtises, place au repos, au vrai. La suite se compose essentiellement de mobilité, natation et sieste. J'ai d'ailleurs entrepris de réintégrer quelques exercices basés sur la clinique du squat d'Ido Portal (voir ici et là), dans le but d'améliorer ma posture d'accroupissement que je trouve, malgré une nette amélioration depuis quelques années, loin d'un vrai squat primordial.
Go Saint-Pierre ensuite, dernière vraie étape avant le départ pour la traversée fixé au lundi 10 novembre. Lieu stratégique car pourvu de plages mais aussi de moult commerces pour acquérir les dernières emplettes nécessaires à mon aventure.


Vue des hauteurs de Saint-Leu avant ma dessication complète (gauche) et exo de squat avec vue pas dégeu (droite).
Les derniers préparatifs pour la traversée
09/11/2025
Matériel, nutrition et hydratation
J'avais l'espoir de trouver mes victuailles habituelles de sorties longues à Saint-Pierre, mais la réalité dépassa mes espérances. J'ai pu acquérir (à prix d'or certes), tout le nécessaire pour ne pas mourir de faim pendant cette longue traversée, en utilisant quasiment exactement les mêmes produits que j'utilise habituellement. Ma nutrition sera donc composée ainsi :
- 39 boules d'énergie poudre d'amande/pâte de dattes (ratio 1/1.54) dont 13 avec du café (765 g)
- 14 doses de flasques isotoniques (720 g)
- 2 saucissons bio (400 g)
- 4 gels caféine citron (140 g)
- 5 plats lyophilisés (600 g)
Un total de 2.62 kg. La surprise du chef sera sur les gels. Je n'ai en effet jamais ingurgité le moindre gel de ma vie jusqu'alors, mais le combo caféine + sucre est un combo gagnant pour lutter contre les coups de mous. De toute façon, j'ai évidemment prévu du PQ si ceux-ci ressortaient aussi vite qu'ils seraient rentrés (kikou les gels Ta Rapace).
Pour le reste, j'ai essayé de penser à tous les cas de figures possibles, et ma carapace de Franklin sera cette fois composée de :
- Sac Salomon SLab Aventure 20 (485 g)
- Poche à eau 1.5 L Salomon (120 g)
- 3 flasques 500 mL Salomon (100 g)
- Paire de Panta Zaros de rechange (225 g)
- Bivy Sol Escape (245 g)
- GoPro Hero 8 + 2 batteries (150 g)
- Short + T-shirt + 2 paires de chaussettes (220 g)
- Bob Raidlight + Manchettes Raidlight + Buff merinos (100 g)
- Gants Decath + sur-mouffles Raidlight (77 g)
- Veste imperméable respirante Raidlight (225 g)
- 2 lampes Stoots Kiska II + 2 batteries (140 g)
- 2 batteries externes Nitecore Gen II (300 g)
- 2 Galaxy S21 (380 g)
- Masque de snorkeling (pour l'arrivée faut pas déconner) (70 g)
- Filtre sawyer PointOne + réserve 2 L (98 g)
Ce qui nous fait un total de 2.9 kg. En sommant l'ensemble + les 3 L de liquide, on atteint un sac d'environ 8.5 kg, soit un peu plus d'1 kg de plus que ce que j'avais emporté sur mon OFF de l'UTMC (voir ici). Avec la réserve de 2 L du Sawyer, je peux même monter à 5 L d'eau transportés dans les endroits critiques, et j'ai l'impression que sur la portion Volcan - Basse-Vallée, ce ne sera pas de trop.
Ajustement du live-tracking
J'ai encore éprouvé ce live-tracking toute la semaine pour trouver les paramètres optimaux pour cette traverée. L'affaire n'est pas si simple car il faut préserver la batterie du téléphone émetteur, mais à la fois ne pas envoyer une position toutes les 5 min au risque de biaiser totalement les stats affichées. Dans le détail : le S21 émetteur sera doté d'une e-SIM avec 1 Go de données, et enverra ses positions sur le réseau 3G, celles-ci étant des paquets de données de tailles vraiment réduites, la 3G suffit amplement. Cette solution permet d'économiser la batterie, la 4G étant bien plus énergivore. Côté fréquence de temps et distance, j'ai choisi d'émettre une position toutes les 90 s ou tous les 100 m. Avec ça, le téléphone perd environ 5 % de batterie par heure, ce qui, même en mettant 50h, nécessiterait 2.5 recharges complètes, totalement gérable avec mes deux batteries externes. À voir néanmoins dans Mafate ou dans les zones reculées avec peu d'antennes relai, où le captage du signal sera probablement plus difficile, donc énergivore. Quoiqu'il en soit, j'ai un peu de marge. Je me laisse la possibilité d'augmenter la fréquence de raffraichissement à mi-chemin, si je vois qu'il y a encore du jus.
J'ai aussi amélioré le modèle de reconstruction du signal, car un point toutes les 90 s / 100 m corrrespond à un sous-échantillonnage assez marqué du signal réel. Sans rentrer trop dans les détails, j'applique en plus du modèle, des coefficients correctifs pour la distance (1.12), basé sur les études de Fearnhead et Clifford et Haklay et al., ainsi que sur les dénivelés positif (1.3) et négatif (0.9), basé sur l'étude de Sanchez et al., et interpolé à mon cas. Ces coefficients ont aussi été ajustés en fonction de mes expériences, même si celles-ci ont été essentiellement sur des terrains bitumés.
Déroulé du parcours
La dernière partie de ce projet. L'objectif majeur de l'aventure est d'arriver au piton des neiges au lever de soleil (5h30). Je ne dois donc pas partir trop tôt ce lundi, au risque d'arriver au sommet quelques heures avant le lever du soleil, et de laisser tous mes tissus se refroidir, conduisant à une descente potentiellement infâme. Je vais donc viser un départ autour de 8h30 - 9h. Ça me semble pas mal et me correspond car j'ai en horreur de ne pas me réveiller naturellement, et l'idée de mettre le réveil à 5h30 est un stress inutile. L'arrivée au sommet correspond au km 94 avec 7700 m D+ cumulés de mon aventure.
Niveau points d'eau, je vais être pas mal sur tout le parcours jusqu'à Bourg-Murat, dernier vrai point de ravito avant la fin. Le hic, c'est qu'à Bourg-Murat, on n'est qu'au km 115 avec 7900 m D+ cumulés. Il en reste donc encore 55, avec le piton de la Fournaise, où je risque de passer à un des moments les plus chauds de la journée. Il va donc falloir charger la mulle à mort en eau, et c'est là que mon extension de 2 L intervient. Si j'arrive là, et selon comment se sera passé l'aventure jusqu'alors, je m'autoriserais peut-être à acheter une bouteille supplémentaire pour monter à 7 L jusqu'à la fin. En sachant que la dernière portion est une descente de 2000 m D- sur 20 km (souvenir souvenir du Lavaredo), qui se fera probablement de nuit et dans une forêt humide. Le risque de déshydratation semble donc minoré. Je suis conscient de cette difficulté, j'ai des idées pour la gérer, maintenant il n'y a plus qu'à.
Sur ce, une belle aprem de repos m'attend pour accumuler un maximum d'énergie. Si tu as lu ce projet jusqu'ici, j'espère qu'il t'a plu, et que tu apprécieras de suivre cette traversée avec moi en direct. De mon côté, je vais puiser dans tous vos soutiens pour me dépasser et aller explorer mes limites en jouant à ce grand jeu très complexe. On se revoit de l'autre côté !
Semaine 7
La traversée de la Réunion (replay)
10/11/2025
Trace complète (170 km 9800 m D+/D-) disponible et téléchargeable ici. Le récit complet de l'aventure est à retrouver dans l'article L'île intense vous dites ?.
Tracking actualisé tous les 90 s ou 100 m environ. Si la position tarde à s'actualiser, c'est que je suis dans une zone reculée et qu'il faut attendre que j'aie à nouveau des données cellulaires. Tu peux plier/déplier le bandeau altimétrique sur la carte, et voir sur celui-ci les données de distance/D+/D- à chaque point enregistré.



