Tu connais le modèle de la chasse d'eau ? Si le nom peut prêter à sourire, il s'agit d'un concept très sérieux introduit en 2011 par l'illustre Guillaume Millet, professeur à l'Université de Saint-Étienne (personne n'est parfait), et véritable ponte de la fatigue en ultra-endurance (voir l'étude1). Ce modèle stipule que tout athlète d'endurance dispose d'une certaine capacité à endurer la charge d'entraînement, modélisée par une chasse d'eau. Cette chasse d'eau se remplit à chaque entraînement, c'est la fatigue, et doit être vidée de temps en temps pour ne pas déborder : c'est le repos.

Le truc, c'est que quand on fait de l'ultra-endurance, on a souvent tendance à négliger les stress additionnels qui viennent eux aussi remplir la chasse d'eau. Par exemple avoir un rendu à faire au travail, travailler sur des projets perso chronophages, s'acquitter des tâches ménagères. Tout cela rempli progressivement la chasse d'eau, et en n'observant pas de phase de repos suffisante, elle se met à déborder, gentiment au début, mais en tirant trop sur la corde, on peut risquer l'innondation : la blessure.

Dans mon cas, je n'ai pas vécu de blessure physique. Mais après ces premières semaines d'entraînement toujours plus volumineuses, une charge de travail au boulot importante, et préparer mon voyage à la Réunion, voilà que je me suis retrouvé incapable de sortir de la voiture, après avoir fait 45 min de route pour me rendre au départ d'un parcours de 50 km 4 000 m D+. Trop de fatigue, trop de charge mentale, trop de tout. Hop, demi-tour. Je suis rentré, me suis allongé et ai dormi 5h de suite. Mon corps a tiré la sonnette d'alarme au bon moment car qui sait ce qui se serait passé si je m'étais aventuré sur une telle sortie, incluant des passages engagés, dans un état de fatigue et d'inflammation avancés ? Ma chasse d'eau est pleine et je dois la vider.